Étant originaire du village de Gradesnica (région de Mariovo), j’ai souvent entendu, dans mon enfance, l’histoire du monument de la « Main de bronze », qui fut installé à Dobro Polé en 1938.
Mon grand-père, qui me racontait cette histoire, n’avait alors que 13 ans. Comme il s’agissait d’un événement majeur pour notre village, avec la présence de nombreux visiteurs et de responsables venus de France et de Serbie, ce récit est devenu l’une des histoires liées à la Première Guerre mondiale qui étaient — et sont encore — racontées à tous les enfants du village.
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| Emplacement de Dobro Polé, vu depuis la frontière du côté macédonien vers le côté grec. |
Selon cette histoire, la main d’un certain soldat aurait été arrachée par un éclat d’obus lors de la bataille de Dobro Polé. Il l’aurait enveloppée dans un morceau de tissu et cachée sous un rocher. Lorsqu’il revint vingt ans plus tard pour ériger le monument, il aurait, paraît-il, retrouvé de petits os sous ce rocher.
Je ne suis pas certain que mon grand-père ait jamais vu ce « monument », car il disparut peu de temps après. D’après son récit, j’avais l’impression qu’il s’agissait d’un monument en forme de main, réalisé en bronze. Cependant, plusieurs années plus tard, en 2012, j’ai eu l’occasion d’en apprendre davantage sur cette histoire.
En réalité, le soldat qui perdit sa main était l’artiste et sculpteur français Marcel Ganguilhem (1895-1949), également connu sous son nom artistique « Cel-le-Gaucher », que l’on peut traduire par « le gaucher ». Marcel participa à l’offensive du 15 septembre 1918 non pas à Dobro Polé, mais sur la colline voisine appelée « Sokol », où il perdit sa main droite. Après la guerre, il créa des œuvres uniquement avec sa main gauche et, en 1937, il réalisa le monument qui, à l’occasion du vingtième anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale, fut installé à Dobro Polé afin de marquer l’importance de ce lieu.
La délégation française était conduite par Louis Cordier et, conjointement avec les autorités serbes, elle inaugura le monument le 19 septembre 1938.
Marcel Ganguilhem with the monument

Photos provenant des archives privées de Franck Roger
En outre, il y eut un certain nombre d’autres activités cérémonielles qui, selon les récits de la population locale, furent interrompues par un télégramme adressé à la délégation française, les informant de certaines activités allemandes hostiles au début de la Seconde Guerre mondiale.
Avec le temps, le monument disparut et il ne resta plus que des trous dans la roche, marquant l’emplacement où il avait été installé.
Oublié et connu uniquement de la population locale, ce site fut visité le 29 septembre 2012 par Franck Roger, de l’« Association Nationale pour le Souvenir des Dardanelles et Fronts d’Orient ». Avec l’aide de Fabien Schaeffer et de la population locale, Franck identifia l’endroit exact où se trouvait autrefois le monument et raviva ainsi le souvenir de cet événement.
J’ai eu l’occasion de visiter ce lieu pour la première fois en mai 2016 et, il est triste de le dire, je fais partie des très rares personnes à l’avoir fait. Le principal problème réside dans l’accessibilité du site, car il ne peut être atteint qu’en véhicule tout-terrain (4x4), par une route en très mauvais état et non balisée. Les visiteurs qui s’y rendent pour la première fois peuvent facilement s’y perdre s’ils ne sont pas accompagnés d’un guide local.

Dobro Pole - The rock on which the monument was placed
Dobro Pole
Panorama of Mariovo region in Macedonia
Borderline Macedonia / Greece
Panorama - Dobro Pole - looking from Macedonian / Greek border toward Greece
Bunker from WW1
Mise à jour – octobre 2018
En tant que membre de l’association d’exploration et de voyage OFF ROAD Macedonia, j’ai eu l’honneur d’organiser un événement marquant le 100e anniversaire de la bataille de Dobro Polé. Vous pouvez en apprendre davantage sur cet événement via le lien suivant, ainsi qu’en visionnant la vidéo promotionnelle réalisée à cette occasion.
Dans le cadre des activités commémoratives du centenaire, une copie du monument a été installée au cimetière français de Bitola, dans le cadre des actions menées par l’« Association Nationale pour le Souvenir des Dardanelles et Fronts d’Orient ».
















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